Les Sénégalais
choisiront leur président le 25 février prochain
parmi quinze candidats, dont le président sortant Abdoulaye
Wade. Dans un pays connu pour le bon état de sa démocratie,
l'ouverture de la campagne laisse apparaître des tensions
déplorables.
C'est parti ! Les quinze candidats à l'élection
présidentielle la plus disputée de toute l'histoire
politique du Sénégal sont entrés en
lice dimanche 4 février", rapporte un chroniqueur
du Soleil, qui observe que, pour ce premier jour d'une campagne
de vingt et un jours, beaucoup de concurrents du président
Wade ont choisi de ne pas sortir de la capitale. Le 25 février,
quelque 4 millions d'électeurs sénégalais
éliront leur président au suffrage universel
direct pour sept ans. Le libéral Wade, âgé
de 80 ans, vise une reconduction après l'alternance
démocratique qui lui a permis de succéder
au socialiste Abdou Diouf en 2000.
Mais l'atmosphère n'est pas aussi sereine qu'on
aurait pu l'espérer. "On se croirait dans les
rues de Palestine, où les militants du Fatah et du
Hamas en découdraient avec les soldats israéliens
à coups de pierres", commente Le Quotidien.
Si loin du Proche-Orient, le journal sénégalais
a semble-t-il été choqué par les échaufourées
à Dakar entre militants politiques rivaux. "La
crainte de la violence dans la quête des suffrages
sénégalais s'est donc fait jour dès
le top de départ. Les partisans du candidat au pouvoir,
Abdoulaye Wade, et ceux de son ancien directeur de campagne,
Idrissa Seck, s'en sont donnés à cœur
joie", note par ailleurs Le Quotidien, qui déplore
ce "démarrage en force".
Avec "une dizaine de candidatures sans illusion",
un auteur estime dans Le Quotidien que "tout devrait
donc se jouer autour du candidat sortant, de son ex-dauphin
Idrissa Seck (si celui-ci ne retire pas entre-temps sa candidature,
comme l'envisagent certains organes de presse), d'Abdoulaye
Bathily, Ousmane Tanor Dieng et Moustapha Niasse."
Issus de la même famille politique, Wade et Seck ont
perdu aux yeux de cet observateur tout crédit et
"ne devraient même pas avoir l'audace de se présenter
devant nous. Après tous les scandales gravissimes
de la gouvernance libérale, après, surtout,
le cinéma ridicule qu'ils viennent de nous jouer
avec leurs négociations secrètes dans notre
dos et leurs indécentes 'retrouvailles', aucun d'entre
eux ne devrait accéder au second tour". Mais
ce "scénario catastrophe est à envisager
sérieusement".
"Comme pour montrer à ceux qui doutaient encore
de sa candidature à la présidentielle que
son option de briguer le suffrage des Sénégalais
pour la magistrature suprême était irréversible,
Idrissa Seck a tiré à boulets rouges sur l'actuel
régime", note Wal Fadjri.
La campagne de l'ancien Premier ministre Idrissa Seck est
également commentée par Sud Quotidien. "Des
dizaines de 4 x 4, deux Hummer (véhicules de stars),
des motos, un motard, des quads (motos à quatre roues),
scooters, des patineurs, etc. Le candidat de la coalition
And Défar Sénégal, Idrissa Seck, mène,
c'est le moins que l'on puisse dire, une campagne à
l'américaine". Sud Quotidien donne par ailleurs
la liste des "quinze candidats pour un fauteuil".
Dans Le Soleil, un observateur lance un vibrant appel à
ces concitoyens pour "une campagne électorale
civilisée" digne d'un pays qui est "habitué
depuis plus d'un siècle à la démocratie".
Mais certains affichent un scepticisme inquiet quant au
déroulement de la campagne et du scrutin. "Il
règne sur cette campagne électorale une atmosphère
des plus bizarre. Comme si, au bout, il n'y aurait rien,
comme si, le 25 février 2007, il n'y aurait pas de
scrutin. Un coup de théâtre pipant les dés
serait loin d'être une surprise. Le seul hic est de
savoir qui s'adonnera à ce jeu", note Le Quotidien.
"Même si les supputations vont bon train sur
les différents scénarios possibles, il n'en
demeure pas moins que chaque candidat a justifié
sa présence dans cette course à la présidentielle,
qui pour la première fois accueille non pas un mais
plusieurs candidats indépendants."