religieuses et les croyants de diverses
confessions à travers le monde. C'est "le film
le plus attendu de l'année", d'après
Clarín. Le grand quotidien de Buenos Aires s'est
empressé de sonder l'avis des Argentins à
la sortie des salles diffusant le Da Vinci Code. L'adaptation
cinématographique du livre de Dan Brown suscite une
effervescence sulfureuse à la hauteur du succès
éditorial de ce best-seller planétaire qui
traite sur le mode du polar d'une descendance contemporaine
du Christ, dont la liaison avec Marie-Madeleine aurait été
cachée par l'Opus Dei, organisation traditionaliste
catholique.
Il ressort des interviews de Clarín
qu'"entre désenchantement et approbation, le
film n'est pas offensant pour la majorité des spectateurs".
"Les catholiques sont prêts à se défendre.
Le Vatican a appelé les fidèles à boycotter
le film", note The Economist. "Mais de nombreux
autres chrétiens, notamment les chrétiens
évangéliques américains, ont une approche
différente. Selon eux, le film offre une occasion
en or pour faire en sorte que les gens parlent de sujets
chrétiens. Certaines églises distribuent des
places de cinéma en même temps que des bons
pour aller dans des cafés Starbucks pour inciter
les gens à discuter après le film. L'organisation
La Croisade des campus pour le Christ a imprimé un
million de copies de son guide sur le Code. Et lors des
messes dominicales, des milliers de prêcheurs à
travers le pays parleront du livre de Dan Brown."
Pour l'hebdomadaire britannique,
"l'attitude des Eglises américaines s'explique
par leur volonté de s'occuper de la culture populaire,
mais aussi par leur obsession de trouver des 'chercheurs',
des gens qui sont vaguement intéressés par
le christianisme sans en savoir beaucoup sur le sujet".
Outre qu'elles ne souhaitent pas répéter le
désastre en matière d'image suscité
par la polémique à la sortie de film de Martin
Scorsese La Dernière tentation du Christ, en 1988.
En Russie, Kommersant souligne que,
dans ce grand pays orthodoxe, ce sont surtout les organisations
musulmanes qui se mobilisent le plus contre la diffusion
du Da Vinci Code, même si les représentants
d'autres confessions manifestent également leur hostilité.
Parmi les réactions hostiles, on compte celles du
comité Pour une renaissance spirituelle de la Russie,
celles du siège du mufti de Tchétchénie,
celle de la Direction spirituelle centrale des musulmans
de Russie.
"Les déclarations actuelles
se distinguent du fait qu'elles s'adressent directement
aux représentants du pouvoir et au parquet en exigeant
carrément l'interdiction du film. En cas contraire,
toutes émettent le même avertissement de possibles
manifestations de masse et de 'formes d'action extrêmes'
de croyants". Le Patriarcat orthodoxe de Moscou, à
l'instar de la hiérarchie catholique, appelle pour
sa part au boycott du film.
Dans le Jerusalem Post, un chroniqueur
note que "pour la seconde fois en trois ans, Hollywood
est plongé dans le suspense et la controverse avec
la sortie dans les salles d'un film relatif à la
vie et la crucifixion de Jésus". Le quotidien
conservateur israélien rappelle qu'auparavant le
film de Mel Gibson, La Passion du Christ, avait créé
la polémique en Israël car il stigmatisait les
Juifs comme le peuple ayant mis à mort le Messie.
Cette fois-ci, le Da Vinci Code épingle
l'Opus Dei. Et le quotidien israélien de noter que
"la controverse actuelle présente une certaine
ironie, car nombre des membres de la conservatrice Opus
Dei avaient encensé le portrait fait par Mel Gibson
du peuple juif participant à la crucifixion. Ce qui,
d'après les défenseurs des Juifs, contredisait
un édit du Vatican daté de 1965 exonérant
la responsabilité des Juifs dans l'exécution
de Jésus. Le reproche de la mort du Christ a servi
pendant des siècles à inciter à la
haine et à la violence antisémites."
Ainsi, "le Da Vinci Code pourrait
rapprocher les Juifs et l'Opus Dei, mais en raison de la
théorie du complot que le film tisse à propos
de la petite ramification du catholicisme. Ultra-secrète
et repliée sur elle-même, l'Opus Dei telle
qu'elle est décrite dans le roman est affublée
des mêmes stéréotypes négatifs
historiquement attribués aux Juifs."
Die Welt remarque d'ailleurs que
"pendant un certain temps, on a cru que l'Opus Dei
allait déclarer la guerre au Da Vinci Code, dans
lequel elle voyait des forces ‘voulant saper les fondements
de la foi chrétienne'. Mais le porte-parole de l'organisation
à Rome, Marc Carroggio, a décidé de
faire la paix… A condition toutefois que la société
de production Sony-Columbia retire de la version finale
du film toutes les 'allusions' susceptibles de blesser les
catholiques. Pas d'appel au boycott, donc. Pas de poursuites
judiciaires. Même lorsque le réalisateur, Ron
Howard, a réagi négativement et qualifié
les protestations ecclésiastiques de 'fascistes'.
La stratégie de l'Opus Dei semble claire. L'organisation
veut prendre le contre-pied des violentes réactions
du monde musulman suscitées par la publication des
caricatures du prophète Mahomet et profiter de cette
occasion pour se débarrasser de l'image de ‘sainte
mafia' qui lui colle à la peau."