Russie, les milices populaires reviennent en force

par Lioudmila Nazdratcheva et Novyé Izvestia

Disparus avec la chute de l'Union soviétique, les auxiliaires de police réapparaissent depuis quelques années. Des volontaires auxquels les députés veulent confier les mêmes prérogatives que la police. Les Novyé Izvestia craignent le pire.

Les villes russes voient de plus en plus revenir les auxiliaires de police, qui avaient semblé devoir disparaître avec l'URSS. "Moscou compte 17 000 auxiliaires de police, dont la plupart ont plus de 40 ans [ce qui, pour la Russie est quasiment, le début de la vieillesse], explique Vladimir Kaverzine, commandant de la milice populaire du secteur Est de la capitale. Environ 40 % sont des femmes, et seuls 18 % sont des jeunes. Il ne faut pas se faire d'illusions, les gens rejoignent surtout les milices parce que cela leur donne droit à une carte de transport gratuite."

Mais tout cela pourrait bientôt changer. Les députés ont décidé que, puisque les auxiliaires de police existaient, il fallait rendre leur travail plus efficace. Cela signifie que le brassard rouge [leur signe distinctif] doit attirer les hommes et les jeunes actifs. Dans cette optique, les députés ont décidé d'accorder aux auxiliaires les mêmes pouvoirs qu'aux véritables policiers.

Ils ont élaboré un projet de loi baptisé "De la participation des citoyens de la Fédération de Russie au service du maintien de l'ordre", qui devrait être examiné dès ce printemps. La future loi réglementera l'activité des milices, des formations de Cosaques et autres organisations d'Etat composées de citoyens qui s'impliquent dans le maintien de l'ordre et la protection des frontières. A priori, les auxiliaires devraient assurer à peu près les mêmes tâches que les inspecteurs de quartier, faire la tournée des domiciles de familles défavorisées, aller voir les condamnés. Mais, surtout, ils auront le droit de faire usage de la force lors d'une interpellation ou pour "éviter les crimes violents ou les infractions administratives". Les contrevenants qui ne se plieraient pas à leurs ordres seraient passibles de poursuites pénales.

Certes, on peut se dire que les villes russes ont tout à gagner d'une augmentation des effectifs de vigilantes forces de l'ordre, mais il faut aussi savoir que personne ne sera en mesure de protéger la population contre l'arbitraire de ces nouveaux auxiliaires, devenus aussi puissants que de vrais policiers. "En Russie, la police fait déjà usage de la force sans ménagement, et maintenant, des gens qui n'ont pas été formés vont pouvoir faire pareil", nous a déclaré Svetlana Gannouchkina, présidente d'Assistance civile.

Les défenseurs des droits de la personne estiment que ces nouveaux pouvoirs pourraient se retrouver entre les mains de nationalistes [extrémistes, xénophobes]. Eux qui cherchent aujourd'hui à contrôler différents arrondissements de grandes villes se voient offrir une occasion en or.

A l'heure actuelle, le fait que les auxiliaires patrouillent avec les policiers en équipes mixtes est considéré comme une assurance. "Bien sûr, il est prévu que la plus grosse part du travail des futurs auxiliaires continue à se faire en commun avec la police", tempère Guennadi Goudkov, l'un des auteurs du projet de loi.

Les policiers de base, pour leur part, n'apprécient pas beaucoup de devoir travailler avec les auxiliaires, car ces volontaires peuvent alors être témoins de crimes commis par les forces de l'ordre. "Vous croyez vraiment que j'ai besoin de compagnie quand je contrôle des immigrés ?" s'indigne en toute franchise un agent d'un arrondissement de Moscou.

-- de le "Courier International" et publiè le 9 Avril 2007 --
 

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