Que ce soient les îles Salomon
ou les Fidji, les points chauds ne manquent pas dans la
région. Pour y mettre bon ordre, les Néo-Zélandais
souhaitent intervenir. Une option qui ne va pas sans poser
quelques problèmes.
Le conflit dans les îles Salomon n'est guère
plus qu'une dispute tribale pour quelques hectares de terre
situés à l'extrême limite des préoccupations
internationales [voir ci-contre]. La sagesse du roi Salomon
serait sans doute mise à rude épreuve s'il
s'agissait de faire régner la paix sur la terre qu'il
gouvernait jadis ; mais il pourrait régler les problèmes
du pays qui porte son nom d'une seule phrase : "Arrêtez-moi
cette guéguerre idiote." Pourtant, ce conflit
tue régulièrement et ruine la vie des citoyens
de ce minuscule Etat. De plus, il se déroule aux
portes de la Nouvelle-Zélande ; nous n'avons pas
besoin de radars pour le percevoir. Nous ne pouvons pas
nous permettre de tolérer une guerre civile dans
notre zone. Cette situation donne de la région une
image d'insécurité qui fait fuir les investisseurs
et encourage d'autres rébellions potentielles et
atteintes à l'ordre public. Les Fidji, où
le coup d'Etat devient une habitude, en sont le premier
exemple.
Une économie en ruine
et un vrai gâchis social
Dans l'affaire des Salomon, la Nouvelle-Zélande
complète l'accord de paix qui vient d'être
signé par l'envoi d'une vingtaine d'observateurs
qui seront intégrés au sein d'une force régionale.
La mission de celle-ci, qui pourrait durer deux ans, consistera
à superviser l'application de l'accord de paix et
la remise des armes des milices. Les Néo-Zélandais
et leurs associés ne seront pas armés.
Le gouvernement néo-zélandais s'efforce actuellement
d'améliorer la préparation de l'armée
à ce genre de tâche, mais cette reconfiguration
prendra du temps. Geste bienvenu, il procède également
à une revalorisation des soldes des membres des forces
de défense de façon à leur assurer
une juste rémunération pour le travail difficile
qu'ils accomplissent, ce qui devrait maintenir le niveau
du recrutement. Entre-temps, nos soldats, nos marins et
nos aviateurs se donnent à fond. Les risques sont
évidents : une défense qui a été
négligée risque de craquer à un point
vital. De plus, la Nouvelle-Zélande pourrait avoir
du mal à répondre efficacement à une
autre étincelle régionale au potentiel explosif,
les îles Fidji.
La situation y est actuellement calme, mais sérieusement
tendue. Les forces qui ont soutenu le putsch de George Speight
en mai dernier sont loin d'être définitivement
contenues et le nouveau gouvernement ne possède pas
de base légale assurée. Il a jusqu'à
présent échoué à obtenir l'allégeance
de la communauté indienne, ne semble pas avoir d'idée
convaincante sur la façon de rétablir la démocratie
et ne dispose que d'un soutien incertain de la part des
Fidjiens d'origine. De plus, il préside aux destinées
d'une économie en ruine qui produit un vrai gâchis
social. On a là tous les ingrédients pour
aboutir à des affrontements. Nous pourrions dans
ce cas difficilement rester les bras croisés pendant
que les deux communautés se tailleraient en pièces.
Le reste du monde ne ferait rien si les proches voisins
des Fidji ne se portaient pas à l'avant-garde des
secours. Notre souci pour la paix et la prospérité
régionales nous interdit de toute façon d'ignorer
le chaos qui agiterait le plus grand Etat insulaire de la
zone. La réponse de la Nouvelle-Zélande devrait
être convaincante, en termes d'hommes et de matériel.
Convaincre une opinion publique
sceptique
Malheureusement, ce scénario
est plus probable que simplement possible. La gravité
des tensions raciales aux Fidji et la difficulté
à les désamorcer sont telles que nous serions
fous de l'écarter. La Nouvelle-Zélande doit
donc garder les Fidji au premier plan de sa réflexion
et se préparer du mieux qu'elle le peut. C'est ce
qu'elle est en train de faire pour les forces de défense.
Mais il reste encore à faire admettre à un
grand nombre de Néo-Zélandais qu'ils vivent
dans une région instable.
Wellington, comme le montre sa décision d'intervenir
aux Salomon, voit encore ses interventions presque uniquement
limitées par sa capacité militaire. Mais les
hommes politique néo-zélandais pourraient
s'apercevoir rapidement qu'il n'est pas si facile d'opérer
dans les autres pays. Ils pourraient avoir d'abord à
convaincre une opinion publique sceptique.